Portrait Nicolas Latron

Quand j’ai compris que si je parlais, on pouvait m’écouter, mon premier réflexe inconscient c’était : tais-toi, ne te fais pas remarquer et tout se passera bien.

Je ne l’appelais pas “peur” à l’époque. Plutôt une stratégie. Une manière de traverser les situations sans prendre trop de place, sans déranger, sans risquer d’être jugé. Le problème, c’est que cette stratégie fonctionne… jusqu’au jour où tu n’as plus le choix : il faut parler. Et pas “un peu”. Parler pour de vrai.

La première fois que ce mécanisme m’a explosé à la figure, c’était le tout premier jour au Cours Florent. On me demande un monologue face caméra. Rien d’exotique en apparence : tu arrives, tu dis ton texte, tu fais ton travail. Sauf qu’au moment où je commence, il se passe quelque chose de nouveau et de vertigineux : tout le monde m’écoute. Vraiment. Et dans ma tête, une pensée fulgurante : “J’ai le droit de parler.”

Et là… plus aucun souvenir de mon texte.
Le trou noir. Le silence qui dure une seconde de trop. Le corps qui chauffe. Le cerveau qui se met à chercher frénétiquement au lieu d’être présent. Ce n’était pas un “oubli”. C’était mon ancien réflexe "tais-toi" qui revenait prendre le volant au moment précis où j’étais enfin autorisé à être entendu.

Ce jour-là, j’ai compris un truc simple : ce qui bloque la parole, ce n’est pas l’absence d’idées. C’est souvent l’instant où l’on se sent regardé, donc exposé. Et si on n’a pas appris à rester là, dans cet instant, tout devient fragile : la mémoire, la voix, la respiration, la pensée, la posture. Même quand on “sait”.

C’est à partir de là que j’ai commencé à travailler autrement. Pas pour devenir quelqu’un d’autre. Pas pour “performer” en mode grand numéro. Mais pour apprendre à tenir : tenir le souffle, tenir l’attention, tenir l’intention.
Avec le théâtre, j’ai appris la présence, l’adresse, la précision. Et avec mon parcours d’ingénieur du son, j’ai développé une obsession utile : écouter ce qui se joue dans les détails un rythme, une tension dans la gorge, une phrase qui s’éteint, une voix qui se dérobe… et ce que ça raconte de l’intérieur.

Aujourd’hui, c’est exactement ce que je transmets dans mes coachings : une prise de parole qui ne repose pas sur des recettes ou des phrases “qui marchent”, mais sur quelque chose de beaucoup plus solide : l’alignement.
Ce que tu veux dire. À qui tu le dis. Et la manière de rester présent quand ça compte.

Mon objectif n’est pas de te rendre “brillant”.
Mon objectif, c’est que tu puisses parler sans disparaître.
Que les autres t’écoutent… et que, cette fois, tu sois encore là pour leur répondre.